Canada -20: Les relations Canada-ONG refroidies en 20 ans

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Au Sommet de la Terre de Rio en 1992, le Canada était un chef de file alors que le Canadien Maurice Strong, Secrétaire général de la conférence, nommait Désirée McGraw l’une des deux ambassadrices mondiales de la jeunesse. Vingt ans plus tard, lors du Sommet Rio+20 ayant eu lieu en juin dernier, la délégation canadienne a logé dans le quartier de Copacabana, à deux heures de bus du centre de conférence. Réservations retardataires par manque d’intérêt, ou les pays obstructionnistes méritent-ils moins de sommeil ? De toute façon, la délégation officielle du gouvernement fédéral, sous l’égide de Peter Kent, Ministre de l’environnement, s’est montrée glaciale face aux ONG. Une régression évidente d’il y a 20 ans.

Selon un document d’Environnement Canada, les jeunes canadiens seraient mal informés sur le processus de négociations internationales. Cependant, que dire des connaissances du gouvernement fédéral lui-même sur l’engagement des citoyens en préparation aux Sommets de la Terre, et du dialogue traditionnel avec les ONG durant les négociations ? Selon les pratiques adoptées lors du récent sommet, elles semblent bien faibles.

Au Sommet de Rio en 1992, le premier ambassadeur canadien de l’environnement et du développement durable, Arthur Campeau, a fait halte aux négociations jusqu’à ce que la société civile puisse y participer. À celui de Johannesburg en 2002, le gouvernement a mis sur pied le Secrétariat canadien pour le Sommet de la Terre et a consulté 440 citoyens par l’entremise de 17 tables rondes organisées à travers le pays. En 2012, la situation est bien différente: par manque de consultations gouvernementales, un regroupement non partisan de jeunes bénévoles, l’initiative Ensemble vers le Sommet | We Canada, a consulté 8 000 citoyens dans 16 villes localisées dans neuf provinces et un territoire. Elle a compilé leurs priorités et les a soumises au gouvernement dans un rapport officiel. Cependant, bien que la société civile canadienne se soit efforcée de dialoguer avec le gouvernement fédéral pour assurer les meilleurs résultats possibles autant pour les Canadiens que pour la communauté internationale, celui-ci fait cavalier seul.

Comment ose-t-on dire que les jeunes sont mal informés alors que le gouvernement lui-même semble peu au courant des traditionnelles collaborations avec les ONG durant les négociations ? C’est en vain que les ONG canadiennes ont revendiqué des briefings quotidiens avec le gouvernement. Une tradition datant de deux décennies, ces rencontres servaient à échanger expertise autant qu’éclaircissements. Alors qu’il a refusé cette demande de façon catégorique, le gouvernement a aussi évité toute conversation par rapport à l’inclusion de représentants d’ONG et de la jeunesse sur sa délégation officielle, question posée déjà bien en amont de la conférence lors d’une remise de pétition en matière d’environnement auprès du Bureau du Vérificateur général du Canada en décembre 2011 par l’association vancouvéroise One Earth. Alors que le Canada était un chef de file dans ce domaine et qu’il avait gardé cette bonne habitude depuis une dizaine d’années, recevoir des centaines de lettres sur le sujet lors d’une campagne ne l’aura pas motivé pour autant. Que penser de cette décision alors que des pays comme l’Autriche, la Belgique, l’Indonésie et même notre voisin du sud, les Etats-Unis, ont suivi cette pratique exemplaire en 2012?

Des dizaines de jeunes d’un bout à l’autre du Canada ont suivi le processus de Rio+20 depuis la dernière année et demie. Des délégations ont été envoyées à deux comités préparatoires, à deux réunions intersession et au Sommet de la Terre 2012. Certains ont également participé à des consultations préparatoires du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. De New York, à Washington, à Rio de Janeiro, des milliers de dollars sont sortis directement de la poche de ces jeunes bénévoles pour comprendre ce même processus international qu’on leur reproche de ne pas connaître.

Il serait extrêmement intéressant d’apprendre quand et par qui le gouvernement du Canada s’est fait louangé pour avoir engagé diverses parties prenantes canadiennes dans le processus international. Qui sont ces acteurs ? Incluent-ils des représentants d’ONG ? Même à -20°C, la porte de plusieurs ONG reste grande ouverte à une réunion honnête, transparente et intègre avec le gouvernement pour échanger sur sa position à l’échelle internationale. Cependant, alors que les relations se refroidissent, le chauffage coûte cher et la porte se referme tranquillement…

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Canada -20: Canada-NGO Relations Have Cooled in the Past 20 Years

Canada was a leader at the Rio Earth Summit in 1992, when Canadian Maurice Strong, Secretary General of the Conference, appointed Désirée McGraw as one of two global youth ambassadors. However, 20 years later, during the Rio+20 Summit that took place this June, the Canadian delegation stayed in the Copacabana neighbourhood, a two-hour drive by bus from the conference centre. One must wonder, were these late reservations made out of lack of interest, or was this because obstructive countries deserve less sleep? Anyway, the official delegation of the federal government, under the authority of Peter Kent, Minister of the Environment, was icy toward the NGOs—a clear step backward from 20 years ago.

According to an Environment Canada document, the federal government believes Canadian youth are poorly informed about the international negotiations process. However, what does this government’s knowledge about Canadian involvement in preparations for the Earth Summit and the traditional dialogue with NGOs during negotiations say in itself? Based on the approach at this past Summit, it seems quite weak indeed.

At the Rio Summit in 1992, Arthur Campeau, Canada’s first Ambassador for the Environment and Sustainable Development, put a hold on negotiations until civil society could participate. At the Johannesburg Summit in 2002, the government created the Earth Summit Canadian Secretariat and consulted with 440 Canadians through 17 round table discussions organized across the country. In 2012, things were much different: because of the lack of government consultations a non-partisan group of young volunteers called We Canada | Ensemble vers le Sommet consulted with 8,000 Canadian in 16 cities located in nine provinces and one territory. The initiative compiled the priorities of Canadians and submitted them to the government in the form of an official report. Unfortunately, while the Canadian civil society made an effort to dialogue with the federal government to ensure the best possible results for both Canadians and the international community, the government was working alone.

How can anyone dare to say that youth are uninformed when the government itself seems to lack knowledge of the traditional collaboration with NGOs during negotiations? Canadian NGOs sought daily briefings with the government in vain. A tradition going back two decades, these meetings served as an opportunity to exchange both expertise and enlightenment. While they adamantly refused this request, the government also avoided any conversation about including NGO and youth representatives on its official delegation, an issue that was addressed well in advance of the Conference when an environmental petition was submitted to the Office of the Auditor General of Canada in December 2011 by the Vancouver-based Initiative, One Earth. Even though Canada was a leader in this area and remained so for a decade, even receiving hundreds of letters on this topic during a campaign was not enough motivation. What are we lead to think of that decision when countries such as Austria, Belgium, Indonesia and even our neighbour to the south, the United States, adopted this progressive practice in 2012 and had civil society delegates on their delegation?

Dozens of youth from across the country followed the Rio+20 process over the past year and a half. Delegations were sent to two preparatory committees, two Intersessional meetings, and to the Earth Summit 2012. Some also participated in the United Nations Environment Programme’s preparatory consultations. From New York, to Washington, to Rio de Janeiro, thousands of dollars came directly from these young volunteers’ pockets to understand the very international process of which they are accused of being unaware.

It would be very interesting to find out when and by whom the Government of Canada was praised for having involved various Canadian stakeholders in the international process. Who are these stakeholders? Do they include NGO representatives? Even at -20°C, many NGOs leave their doors wide open to an honest and transparent meeting to collaborate with the government to discuss its international position. However, while these relations cool, heating is expensive and the doors are slowly closing…